Image de fond Image de fond

Recto-Verso - Angélique du Coudray à Nantes, avril 1776

Au 18e siècle, le pouvoir royal encourage la formation de professionnelles pour accompagner les femmes au cours de l’accouchement : les sages-femmes. Cette nouvelle attention répond à plusieurs objectifs :  contrôler celles qui avaient encore majoritairement ce rôle : les matrones. Alors que le pouvoir central craint une dépopulation, elles sont suspectées de réaliser des avortements voire des infanticides. Leurs pratiques empiriques, leur absence de formation médicale sont décriées. Cette évolution accompagne le nouveau statut de l’accouchement, désormais considéré comme un acte médical, qui ne peut rester hors de tout contrôle de la part des maîtres-chirurgiens. 

La figure d’Angélique du Coudray est centrale : formée à l’Hôtel-Dieu de Paris où se trouve une école de sages-femmes, elle va obtenir en 1757 un brevet royal pour instruire et former les sages-femmes du royaume. Entre 1759 et 1783, elle réalise un véritable tour de France et forme plus de 5 000 élèves dans une cinquantaine de villes !
La pédagogie d’Angélique du Coudray s’appuie sur deux outils : un livre qu’elle publie en 1759 Abrégé de l’art des accouchements dans lequel on donne les préceptes nécessaires pour le mettre heureusement en pratique […] et une « machine » de son invention permettant de rendre son enseignement le plus concret possible. Il s’agit d’un mannequin représentant en grandeur réelle le bassin de la femme jusqu’à mi-cuisses, lesquelles reposent sur deux étriers permettant de présenter la position gynécologique. D’autres éléments étaient utilisés par Angélique du Coudray pour ses cours pratiques : un modèle d’enfant – de la taille d’un fœtus à terme – et une matrice avec un fœtus de 7 mois permettant de voir le placenta et la position fœtale de l’enfant à naître.

Courrier depuis Paris du 24 avril 1776 de l'intendant de Bretagne. GG 666 pièce 6.

Courrier depuis Paris du 24 avril 1776 de l'intendant de Bretagne. GG 666 pièce 6.

Aux Archives de Nantes, 3 documents conservés dans la série ancienne GG dédiée aux cultes à l’instruction et à l’assistance publique attestent de la venue d’Angélique du Coudray à Nantes en avril 1776. Ces lettres adressées aux maire et aux échevins sont pour deux d’entre elles de la main de l’intendant de Bretagne Gaspard Louis Caze de la Bove, en charge d’organiser et de s’assurer du bon déroulement matériel des formations dans la généralité bretonne. 
A Nantes, le statut des sages-femmes est défini en 1758 par la communauté des maîtres-chirurgiens. Elles peuvent se former selon trois possibilités : en apprentissage pendant deux années chez une maîtresse sage-femme de la ville, auprès d’un maître-chirurgien pendant une année ou encore en suivant une formation de 3 mois à l’hôtel-Dieu de Paris
Les deux lettres rédigées en amont de la venue d’Angélique du Coudray sont difficilement lisibles en raison d’un hachurage systématique…! L’essentiel du propos peut tout de même être compris : comme pour toutes ses interventions, Angélique du Coudray s’assurait de l’achat d’une « machine » nécessaire au bon déroulé de sa formation. 
La dernière lettre nous apprend le bon accueil qui lui a été fait à Nantes, de plus, l’Intendant se réjouit d’apprendre que la ville de Nantes a acheté une deuxième machine et ne voit aucun inconvénient à ce qu’un présent de la valeur de 300 à 400 livres soit fait à Angélique du Coudray.

L’indifférence voire l’hostilité du corps médical masculin nantais à l’encontre de cette femme aux prérogatives inédites est passé sous silence … à l’image de François Etienvrin, professeur d’accouchement à la faculté depuis 1765 qui ne juge pas utile d’assister à ces cours. 
Le maître-chirurgien nantais Godebert a lui, suivi les 15 journées de formation de madame du Coudray et sur les recommandations de cette dernière la Ville le nomme « chirurgien-démonstrateur autorisé à donner des cours d’accouchements ». Le 25 janvier 1777, une délibération municipale lui accorde de disposer d’une des deux machines. Le deuxième exemplaire étant réservé afin de refaire les pièces qui s’useraient lors des manipulations. 

Un exemplaire de la machine d’Angélique du Coudray est conservé à Rouen au musée Flaubert et de l’histoire de la médecine : pour en voir des photographies c'est ici 

Pour consulter l'article Recto-Verso des Archives de Rennes "Angélique du Coudray à Rennes" , c'est ici

Des rendez-vous pour poursuivre sur cette thématique : l'exposition "Maternités" présentée actuellement au Chronographe et très bientôt l'exposition des Archives de Nantes "Naître à Nantes" installée place Royale à partir des Journées du Patrimoine et du Matrimoine !