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Recto-Verso - Aux origines du musée d'histoire de Nantes

Ce courrier à l’en-tête du musée des Salorges « commerce et armement nantais, marine et pêche, industrie de la conserverie », nous permet de remonter aux origines du musée d’Histoire de Nantes. En effet, les collections réunies par les frères Amieux, sont selon Marie-Hélène Jouzeau, « le noyau fondateur » du musée actuel, ouvert au public en 2007. Conservatrice aux musées du château des ducs de Bretagne à partir de 1990, Marie-Hélène Jouzeau fut la coordinatrice du projet de musée d’histoire, né du regroupement de six collections municipales. 

Courrier des frères Amieux au maire de Nantes, conservé sous la cote 2R789 © Archives de Nantes.

Courrier des frères Amieux au maire de Nantes, conservé sous la cote 2R789 © Archives de Nantes.

Créé par les frères Amieux, Louis (1867-1936) et Maurice (1871-1944), le musée des Salorges est installé dans les bâtiments qui abritèrent à partir de 1824, la première fabrique industrielle nantaise de conserves de Joseph Colin. Directeurs de la conserverie nantaise Amieux, les deux frères ont à cœur d’établir un musée technique et rétrospectif de la conserve. 
Nommé conservateur du musée en 1924, Bernard Roy élargit les thématiques à l’histoire fluviale et maritime de Nantes mais aussi à la présentation des activités industrielles et commerciales. Les collections se développent par l’achat auprès de particuliers, d’antiquaires… 
Le musée est inauguré en mai 1928, sous le nom de « Musée des Salorges », en référence au toponyme de la rue rappelant la présence de vastes entrepôts de sel construits aux 17e et 18e siècles et transformés en magasins des douanes après la Révolution. 

Dès l’ouverture du musée, et peut-être lors du discours inaugural immortalisé par la photographie prise devant la verrière et reproduite dans le numéro 8 de la revue Cahiers des Salorges, présentée en tête de cet article, les frères Amieux annoncent leur souhait de transmettre ces collections à la Ville. Les documents conservés sous la côte 2R789 illustrent les échanges avec le maire Léopold Cassegrain, lui-même ancien industriel de la conserve, à l’image de ce courrier du 20 mars 1933 accompagnant l’envoi du projet de donation et de bail pour le bâtiment du musée. 

Le conseil municipal, qui a été invité à une visite des 10 salles présentant les collections en juillet 1933, vote la donation lors de sa séance du 27 novembre 1933. La Ville, avec le concours de la Chambre de Commerce, prend désormais en charge l’entretien du musée et s’engage à continuer l’enrichissement des collections. L’article 3 de la donation signée devant notaires le 10 août 1934 (40 W 147) liste les thématiques des acquisitions futures : « l’industrie des conserves alimentaires, les pêches (fluviales et maritimes), la gastronomie, les industries navales, les métiers et corporations, le passé fluvial, maritime, colonial, commercial et industriel de Nantes et de sa région ». 

L’inventaire des collections dressé par le conservateur Bernard Roy, est également conservé aux Archives. Il comprend 5 catégories : gravures et tableaux, autographes, papiers divers, objets divers et livres ce qui représente au total : 918 objets, 1442 livres, 246 documents, 82 autographes et 1851 gravures. 

 

 

En septembre 1943, le musée est sévèrement touché par les bombardements alliés : une grande partie de la bibliothèque est perdue et la moitié des collections est détruite (649 pièces sont manquantes). S’ouvre alors pour les collections du musée des Salorges une période d’incertitude en l’absence d’un lieu d’accueil et d’exposition définitif. En 1947, le directeur des musées de France s’oppose à une subvention pour la reconstruction du musée, l’emplacement est selon lui trop éloigné du centre-ville et des réseaux de transports. Le site idéal pour ce musée « maritime et océanographique » serait selon lui la pointe amont de l’île Feydeau (courriers et plans 40 W 147) !  

Les collections ont été regroupées provisoirement dans plusieurs dépendances du château de Nantes, mais aucune présentation au public n’est possible dans le monument. L’association des « Amis du Musée des Salorges » est créée en 1948 à l’initiative de Bernard Roy avec l’objectif de grouper toutes les personnes désireuses de contribuer à la renaissance du musée. 

Le 21 septembre 1948, le conseil municipal adopte les propositions du conservateur Bernard Roy : les combles du musée Dobrée permettront – à titre provisoire – la présentation des collections, dans l’attente du transfert définitif au Manoir de la Hautière, propriété communale dont la situation à proximité du port assure un cadre idéal. Ce transfert à la Hautière, alors divisé en plusieurs petits logements nécessite le relogement d’une douzaine de familles, ne se réalisera finalement pas. 

En 1953, au décès de Bernard Roy, conservateur nommé à vie par les frères Amieux, c’est Joseph Stany-Gauthier, conservateur en charge des collections municipales depuis les années 1920, qui lui succède. Son implication permet le transfert des collections du musée des Salorges au sein du château de Nantes. Les premières salles sont ouvertes dans le bâtiment du Harnachement en 1956 sous le vocable de « musée de la Marine ». 

Successivement les collections des autres musées municipaux sont déplacées au château, rejoignant le musée d’art populaire régional initié par Stany-Gauthier dès 1922 : musée d’art décoratif (depuis la rue de Briord), musée de Nantes par l’image (installé dans le logis de la porte Saint-Pierre), musée d’art religieux (à la Psalette), musée colonial (au parc du Grand-Blottereau). 

À la fin des années 1980, l’état de dégradation du bâtiment et le besoin de créer une cohérence entre les différentes collections motivèrent la fermeture des salles d’exposition. S’ensuivirent une restauration du monument et une reprise complète des contenus et du parcours muséographiques. 

Nombreux objets du musée des Salorges sont aujourd’hui intégrés au musée d’histoire de Nantes à l’image des figures de proue en bois sculptées bien connues des visiteurs du musée tout comme le modèle du brick négrier nantais La Marie-Séraphique, les nombreux documents et objets qui témoignent de la traite Atlantique, les toiles imprimées nantaises, les nombreux objets techniques, commerciaux et publicitaires qui évoquent l’histoire des grandes industries nantaises, la maquette du port de Nantes commandée par la chambre de Commerce pour l’exposition universelle de 1900, le plan-relief de la Biscuiterie LU…

 

Pour consulter l'article Recto-Verso des Archives de Rennes "Aux origines du musée des beaux-arts de Rennes", c'est ici