L’éducation des filles a longtemps été négligée par rapport à celles des garçons. En 1867, la loi Duruy impose la création d’écoles primaires, y compris pour les filles, dans toutes les communes de plus de 500 habitants.

En 1870, Nantes compte ainsi trois écoles de garçons et deux de filles. Il est décidé en 1875 de construire de nouvelles écoles, une par canton, afin de disposer de six écoles de filles et six de garçons. Leurs plans sont intégrés à l’atlas des nouvelles écoles primaires publiques (2F20), publié par la Ville à l’occasion de l’Exposition universelle de 1878. On y trouve notamment les plans de l’école de filles du Marais (l’actuelle école Léon Blum).

Mais, à cette époque, filles et garçons ne reçoivent pas les mêmes enseignements. Outre les bases de calcul, d’écriture et de lecture, les jeunes filles s’exercent surtout aux travaux d’aiguille et à devenir de bonnes ménagères. Une planche de dessin de ce même atlas montre ainsi les ouvroirs destinés aux exercices de couture.

À Nantes, l’éducation des femmes a bénéficié de l’action d’Ange et Floresca Guépin. Le couple fonde, en 1869, la Société nantaise pour l’enseignement professionnel des jeunes filles. Ils souhaitent promouvoir l’enseignement laïc pour les jeunes filles, qui doivent devenir des mères de familles intelligentes, des ouvrières, des employées de commerce, des institutrices sachant diriger des travaux manuels. Il en résulte l’ouverture d’un atelier-école, installé place de la Monnaie, qui offre aux filles un enseignement général et un enseignement technique (travaux d’aiguille, dessin, arts industriels).

Les Archives de Nantes ont acquis en 2019 un document (182Z1 Nouvelle fenêtre), non daté, où Ange Guépin réfléchit à « l’étendue de l’éducation qu’il convient de donner aux femmes ». Le médecin hygiéniste y énonce qu’il faut « admettre les femmes à participer à l’éducation de la jeunesse autant que le permet leur nature. Mais il faudrait pour cela que leur éducation fut tout autre qu’elle n’est aujourd’hui ». Il finit en qualifiant l’éducation élémentaire de « grand moyen de toute émancipation ».

À la mort de son époux en 1873, Floresca Guépin devient présidente de la Société nantaise pour l’enseignement professionnel des jeunes filles. L’école est alors placée sous la direction d’Élisa Bordillon, une autre pionnière de l’enseignement féminin.

L’École pratique de commerce et d’industrie de jeunes filles (la future école Vial), construite par la Municipalité rue du 14-Juillet en 1896, grâce à un legs de Prosper Vial, est l’héritière de l’établissement pionnier des Guépin. Pour sa première rentrée, 82 élèves s’inscrivent en section industrielle, et 60 en section commerciale. Dactylographie, couture et confection, repassage, gymnastique, cuisine, dessin, comptabilité, puériculture… sont au programme. L’établissement forme ses élèves aux professions ouvertes aux femmes à cette époque tout en leur apportant les connaissances nécessaires pour devenir de bonnes ménagères qui sauront s’occuper de leur foyer.